Entering the Year with Delicacy

© Simon Dias

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At the start of 2026, despite what we may be going through in our own lives, the news around us constantly reminds us of the turmoil in the surrounding world. Whether wars, the state of the planet, or human miseries both small and large, there are many reasons to grieve, to be moved while witnessing helpless the tribulations of a faltering humanity.

I am not optimistic by nature. Not pessimistic either. Rather somewhere between realistic dreamer and awakened idealist; idealist of a world whose possibility, I must admit, is receding despite everything, but whose evocation prevents me from sinking into the darkest thoughts.

In this surrounding miasma, a phrase I read recently particularly struck me. In the excellent book recommended by my dear friend and talented choreographer Nicole Morel, "Pour une insurrection des sens" (For an Insurrection of the Senses) by Jean-Philippe Pierron, discussing gastronomy and a way of approaching the pleasure of the table, he says "We must learn to enter our plate as we learn to enter a river or enter a forest, with delicacy."

From this reflection, Pierron explains how an experience of fly-fishing and the way the fisherman must enter the river gently so as not to disturb the water with the silt at his feet made him aware of the importance of how we approach our world physically.

The delicacy with which we do everyday things, how we approach one another, the thought behind the gesture; concepts that are not foreign to me as a choreographer but that resonate particularly within me today in my daily life, whether personal or in this dream of a better world.

There would be so much around us to which we could apply this concept of delicate approach. To oppose it to the resurgence of a nauseating masculinism, to the advent of a relationship with others in the political world and in an entirely different way in society, increasingly based on the law of the strongest, in another register to oppose it to robotization, digitalization and the meteoric rise of Artificial Intelligence; "AI" which, not content with altering reality, supplants human relationships and the interaction that has forged our intrinsic selves and our societies.

There are struggles where the body is essential to assert one's rights. I think of the Femen, the revolts in Iran, the opposition to ICE in the United States and the tragic deaths in relation to this resistance. All social struggles, past and present, in which women and men have put their bodies on the line as a means of protest. These acts, radical but necessary, have been crowned with violence, suffered or provoked. A necessary evil for a greater good. In most cases...

But what if the ultimate act of resistance, that of the "common" person in the beauty of that word's meaning, supporter of struggles but not physically taking part, were this delicate act, at once silent, gentle, and daily? A gesture turned both toward others but also toward oneself, toward things and our environment.

Inhabited and conscious movement, the endless quest of every dancer and every choreographer, becomes counter-poison to a brutal and savage environment. A gesture within everyone's reach which, far from being a miracle solution to the ills of a beleaguered society, would completely change the physicality of our perceptions.

In the coming months, I will attempt to approach the world with delicacy, like the hummingbird in the fable, conscious that it is only a drop of water but that it can become for others the aphorism of another possible world.

Originally written in French, January 2026

  • En ce début d’année 2026, malgré ce que l’on peut traverser dans nos propres existences, l’actualité autour de nous nous rappelle sans cesse les tourments de ce monde environnant. Que ce soient les guerres, l’état de la planète, les misères humaines, petites et grandes, nombreuses sont les raisons de s’attrister ; de s’émouvoir en assistant impuissant aux tribulations d’une humanité vacillante.

    Je ne suis pas de nature optimiste. Pas pessimiste, non plus. Plutôt entre réaliste rêveur et idéaliste éveillé ; idéaliste d’un monde dont sa possibilité, je dois avouer, s’éloigne malgré tout mais dont son évocation m’empêche de sombrer dans des idées les plus noires.

    Dans ce miasme environnant, une phrase lue récemment m’a particulièrement marqué. Dans l’excellent ouvrage - recommandé par ma bonne amie et chorégraphe de talent, Nicole Morel - de Jean-Philippe Pierron, “Pour une insurrection des sens”, à propos de la gastronomie et une manière d’aborder le plaisir de la table, il dit “Il nous faut apprendre à entrer dans son assiette comme on apprend à entrer dans une rivière ou entrer en fôret; avec délicatesse”.  

    De cette réflexion, Pierron nous explique qu’une expérience de pêche à la mouche et la manière dont le pêcheur doit entrer dans la rivière tout en douceur pour ne pas troubler l’eau avec la vase à ses pieds, lui a fait prendre conscience de l’importance dont on approche notre monde de manière physique.

    De la délicatesse avec laquelle on fait les choses du quotidien, comme on s’approche les uns des autres, la pensée derrière le geste ; des concepts qui ne me sont pas étrangers en tant que chorégraphe mais qui résonnent plus particulièrement en moi aujourd’hui dans mon quotidien, que ce soit personnel ou pour ce rêve d’un monde meilleur.

    Il y aurait tant, autour de nous, à appliquer ce concept d’approche délicate. L’opposer à la resurgence d’un masculinisme à gerber, à l’avènement d’un rapport aux autres, dans le monde politique et dans une toute autre mesure dans la société, basé de plus en plus sur la loi du plus fort, dans un autre registre, l’opposer à la robotisation, la digitalisation et la fulgurante avancée de l’Intelligence Artificielle ; “IA” qui non content d’alterer la réalité, supplante le rapport humain et l’interaction qui a forgé nos “moi” intrinsèques et nos sociétés. 

    Il y a des luttes dont le corps est essentiel pour faire valoir ses droits. Je pense aux Femens, aux révoltes en Iran, aux oppositions face à ICE aux États-Unis et aux morts tragiques qui en résultent. À toutes les luttes sociales, passées et présentes, dans lesquelles les femmes et les hommes ont mis leur corps à contribution comme moyen de protestation. Ces gestes-là, radicaux mais nécessaires, ont été auréolés de violence, subie ou provoquée. Un mal pour un bien. Dans la majeure partie des cas…

    Mais est-ce que l’acte de résistance ultime, celui de l’être “commun”, - dans la beauté du sens de ce mot - soutien des luttes mais n’y prenant pas corps, ne serait pas cet acte délicat, à la fois silencieux, doux, et quotidien?  Un geste tourné à la fois vers l’autre mais aussi vers soi, vers les choses et notre environnement.

    Le mouvement habité et conscient, quête sans fin de chaque danseur.se et chaque chorégraphe, devient contre-poison d’un environnement brute et sauvage. Un geste à la portée de tous.tes qui, loin d’être une solution miracle aux maux d’une société malmenée, changerait du tout au tout la physicalité de nos perceptions.

    Ces prochains mois, je tenterai d’approcher le monde avec délicatesse, tel le colibri dans la fable, conscient que ce n’est qu’une goutte d’eau mais qu’il peut devenir pour l’autre l’aphorisme d’un autre possible.

Martin Chaix

Choreographer. Benois de la Danse nominee 2024. Creating commissioned works for major ballet institutions.

https://www.martinchaix.com
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