Retour sur scène — Ma Mère l'Oye
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La saison prochaine (2026/27), pour le spectacle de l'École de Danse de l’Opéra de Paris, sur invitation d’Élisabeth Platel, mon ballet Ma Mère l'Oye - que j'ai créée pour l'École en 2023 -, reviendra sur scène dans une soirée avec Suite de danses d’Ivan Clustine, et Piège de lumière de John Taras.
Une reprise n'est pas anodine en soi, et sa programmation dans le spectacle qui fêtera à la fois les 50 ans du Spectacle de l’École et en lien avec le Gala des Écoles du XXIe siècle, rend cette occasion encore plus touchante pour moi.
La création, à l’époque, avait été pour moi une véritable montagne russe émotionnelle - retourner à l'École après tant d'années depuis la fin de mes études là-bas, le travail avec les élèves sur un ballet si sensible et intense, la présentation de cette nouvelle œuvre au sein même de cette institution qui m'a appris à grandir, penser et aimer, et ce, sur la scène de Garnier, où j'ai fait mes premiers et derniers pas de mes années à Paris.
De cette aventure, il y a maintenant trois ans (ça en fera quatre à la représentation en 2027), je retiens ces moments de travail dans le studio, confronté à ces jeunes élèves comme si je me confrontais un peu à mon ancien moi, avide d’apprendre et surtout excité à l’idée d’une création - chose assez rare dans le cadre de cette école pour être notée. De me retrouver dans les couloirs de ce bâtiment que j’ai arpenté pendant six années de ma jeunesse, de me remémorer ces moments à la fois heureux et difficiles, je ne pouvais m’empêcher de me mettre à leur place. Comment les emporter sur des traverses qui m’ont pris des années à trouver? Comment les faire bouger autrement sans aller à l’encontre de leur construction technique et mentale qu’il leur faut nourrir?
À chacune de ces questions, je m’imaginais, tout gamin du haut de mes 14 ou 15 ans, quand j'abordais pour la première fois une pièce de Kylian, “Nomaden”, ou plus tard “Yondering” de Neumeier; mes convictions à l’époque se confrontaient à un modus operandi qui m’était complètement étranger. C’était à la fois déstabilisant mais terriblement excitant. Cette déconstruction - tout un processus qui a guidé la manière dont je transmettais un nouveau langage à ces élèves devant moi - m’a beaucoup appris sur moi-même et sur ce que la danse classique et moderne possèdent d’intrinsèquement beau et précieux.
Me voilà maintenant face à l’opportunité de remonter ma pièce avec de nouveaux interprètes, certains ayant été encore tout jeunes à l’époque de la création, mais qui vont tous.tes aborder la chorégraphie pour la première fois. Qu’est-ce qu’ils vont apporter de nouveau aux rôles, à l’interprétation, à la technicité des mouvements? Qu’est-ce que cette nouvelle donne va aussi révéler de ce ballet? Des questions vertigineuses qui me rendent impatient de commencer.
Au-delà de ça, la présence de ce ballet, dans le cadre d’une reprise et de ces dates commémoratives, me conforte sur un aspect essentiel de mes questionnements en tant que chorégraphe “néo-classique”*. La technique française a façonné cette institution et inspiré bon nombre de danseurs et chorégraphes (dont je fais partie), et reste sa pierre angulaire. Dans mes premiers balbutiements chorégraphiques, la question de la transgression de cette technique était mon moteur premier, non pas dans une posture iconoclaste mais véritablement expérimentale et dans un désir d'aller hors-cadre pour justement en valoriser ses qualités. Ce cheminement, qui continue aujourd'hui, n’a pas été sans obstacle - de l’extérieur mais aussi de mes propres doutes et interrogations - mais reste malgré tout ma motivation la plus forte. Retrouver mon ballet, fruit de ces nombreuses réflexions, d’expérimentations et de recherches autour de la technique classique, et surtout de l’”École française”, dans le répertoire de l’École est un accomplissement personnel et une fierté énorme.
Loin d’être une finalité, j’espère que ce travail qui m’inspire, a inspiré une première génération et maintenant en inspirera une deuxième, et trouvera écho dans leur pratique de la danse classique et contemporaine, avec cet amour, comme moi, pour ces formes si opposées mais harmonieusement complémentaires.
* Je n'aime pas ce terme que je trouve galvaudé et inapproprié. Trop souvent, néo-classique est juste estampillé sur des chorégraphies qui utilisent la technique classique sans artifice de la-dite technique classique. Mais ce débat fera le sujet d'une plus longue réflexion dans un futur proche…
Back on stage — Ma Mère l'Oye
Next season (2026/27), for the annual performance of the École de Danse de l'Opéra de Paris, and at the invitation of Élisabeth Platel, my ballet Ma Mère l'Oye — created for the School in 2023 — will return to the stage in a programme alongside Suite de danses by Ivan Clustine and Piège de lumière by John Taras.
A revival is never trivial in itself, and its place in a programme celebrating both the 50th anniversary of the School's annual performance and the Gala des Écoles du XXIe siècle makes this occasion all the more moving for me.
The original creation was, at the time, a genuine emotional rollercoaster — returning to the School after so many years away, working with the students on a ballet that was both delicate and intense, presenting this new work within the very institution that taught me to grow, to think, and to love dance, and doing so on the Garnier stage, where I took my first and last steps of my years in Paris.
From that adventure, now three years ago (it will be four by the time of the 2027 performances), what I carry most is the memory of those studio hours — facing these young students as if I were facing a younger version of myself, hungry to learn and above all excited by the idea of a creation, something rare enough within this school to be worth noting. Finding myself again in the corridors of a building I had walked for six years of my youth, remembering those moments that were both joyful and difficult, I couldn't help putting myself in their place. How to bring them across thresholds that had taken me years to find? How to make them move differently without working against the technical and mental foundations they still needed to build?
At each of these questions, I found myself imagining the boy I had been, all of fifteen or so, encountering for the first time a piece by Kylián — Nomaden — or later Yondering by Neumeier; my convictions at the time colliding with a modus operandi entirely foreign to me. It was at once unsettling and terribly exciting. That deconstruction — a whole process that shaped the way I transmitted a new language to the students in front of me — taught me a great deal about myself, and about what classical and modern dance hold that is intrinsically beautiful and precious.
Now I find myself facing the opportunity to remount this piece with a new cast, some of whom were still very young at the time of the creation, but who will all be approaching the choreography for the first time. What will they bring that is new to the roles, to the interpretation, to the physical texture of the movement? What will this new set of bodies also reveal about the ballet itself? Vertiginous questions that make me impatient to begin.
The presence of this ballet — in the context of a revival and these anniversary dates — confirms something essential in my ongoing questioning as a choreographer working within, and against, the "neoclassical"*. The French school has shaped this institution and inspired many dancers and choreographers, myself included, and remains its cornerstone. In my earliest choreographic attempts, the question of transgressing that technique was my primary engine — not as an iconoclastic stance, but as a genuinely experimental impulse, a desire to push beyond the frame precisely in order to reveal its qualities. That path — which continues today — has not been without resistance, from the outside and from my own doubts and questions. But it remains my strongest motivation. To find my ballet, the fruit of so much reflection, experimentation, and research around classical technique and the French school in particular, living now in the School's repertoire — that is a personal achievement, and an enormous source of pride.
Far from being an endpoint, I hope that this work — which inspires me, has inspired one generation, and will now inspire a second — finds an echo in their practice of classical and contemporary dance, with that same love, like mine, for forms so seemingly opposed and yet so harmoniously intertwined.
* I am not fond of this term, which I find overused and imprecise. Too often, "neoclassical" is simply stamped onto choreographies that use classical technique without genuinely engaging with what that technique contains. But this debate deserves a longer reflection, which I intend to write soon…